Pour une VIe République ?
Ségolène Royal a donc créé la surprise en se prononçant pour l'instauration d'une VIème République, alors que le Parti Socialiste avait décidé d'en rester à la Vème République. Ségolène Royal rejoint de ce fait François Bayrou, Jean-Marie Le Pen et évidemment toute l'extrème gauche dans la volonté de changer les institutions en croyant que cela changera quelque chose au sort de la France. Pourtant, et c'est le moins qu'on puisse dire, la Vème République n'a pas empêché la gauche de gouverner, les majorités alternant depuis plus de 25 ans. Et ce qui est paradoxal, c'est que Ségolène Royal, conseillée en cela par Arnaud Montebourg, et François Bayrou souhaitent une Assemblée Nationale qui fasse la part belle à la proportionnelle et un pouvoir parlementaire renforcé. Or la proportionnelle n'a qu'un effet, celui d'empêcher la constitution de majorité claire au parlement. En effet, par la multiplication de groupes politiques représentant des idées politiques qui ne sont majoritaires nulle part, l'Assemblée Nationale est divisée en une multitude d'intérêts partisans. Loin de les forcer à s'entendre comme le croit naïvement François Bayrou, il en résulte surtout une incroyable inaction. Comme on l'a vu dans la IIIème République vieillissante et encore plus dans la IVème République. Encore aujourd'hui, il suffit de regarder l'exemple italien pour se rendre compte des travers d'une démocratie parlementaire, lorsque le parlement est justement faillible de par son instabilité chronique. Quelle volonté paradoxale donc de la part de ces candidats que de vouloir faire reposer la République sur un parlement qu'ils vont justement mettre à mal dans les faits. C'est encore une volonté paradoxale que de vouloir changer la Vème République qui a fait la preuve de son efficacité, notamment dans la résolution de la crise algérienne, là où la IVème République avait échoué, qui a permis aux socialistes de mettre en oeuvre leur programme en 1981, aussi mauvais était-il.
Trouvant le plat mauvais, Ségolène Royal préfère changer la casserole que la recette. Or c'est bien du fait des politiques mises en oeuvre que la France peine et peut justement se relever si elles changent. Si elles restent mauvaises, on aura beau changer les institutions, cela ne changera rien au sort des Français, par contre, cela affaiblira encore plus la France en ajoutant aux problèmes les instabilités parlementaires et gouvernementales. C'est justement ce qu'a évoqué Nicolas Sarkozy dans son discours à Villebon-sur-Yvette le 20 mars dernier :
"Leur VIe République c'est le retour au régime de l'impuissance, c'est le retour au régime des partis, c'est le retour à l'instabilité. Ils ont oublié 1958, l'agonie d'une IVe République incapable de faire face
à la crise financière et de conjurer le péril de la guerre civile. Ils ont oublié que depuis prés de cinquante ans, les institutions de la Ve République ont permis à la France d'être gouvernée en toutes circonstances et que depuis que la Ve République existe, ni la démocratie ni les libertés individuelles ni la paix civile n'ont été mises en danger à aucun moment.
Ils imputent aux institutions ce qui n'est en réalité imputable qu'à la défaillance des hommes et des politiques. Ils ne veulent pas voir que le problème n'est pas institutionnel mais qu'il est intellectuel et moral. Ils ne veulent pas regarder la réalité en face pour ne pas avoir à répondre à la question de savoir quelle politique ils veulent faire, sur quelles valeurs, sur quels critères ils veulent les fonder, pour ne pas avoir à prendre leurs responsabilités. Qui peut croire que c'est en revenant aux errements du passé qu'on résoudra les problèmes d'aujourd'hui ? Qui peut croire que l'on arrivera mieux à restaurer l'autorité de l'Etat, à parvenir au plein emploi, à augmenter le pouvoir d'achat, à freiner les délocalisations avec une République affaiblie et instable dominée par les manouvres d'appareils ? "
Lui préfère changer de politique, mais garder les institutions que nous a donnés le général de Gaulle. Et en fin de compte, ce qui nous manque, ce n'est pas de bonnes institutions, mais bien une volonté politique forte.